Je ne l’ai pas quittée sur le quai d’une gare
après l’unique nuit et en lui promettant
de se revoir bientôt pour d’autres moments rares
à chercher l’harmonie jusqu’à la fin des temps.
Je l’ai assassinée. Qu’elle ne souffre pas
après avoir goûté au bonheur absolu
dans les bras d’un amant, et ce jusqu’au trépas
que je lui procurai à terme révolu !
Je ne l’ai pas tuée par pure jalousie,
ou par basse vengeance, mais par une empathie
ne témoignant de fait que de l’euthanasie
qui épargne son cœur en son idiopathie.
Lectrice, poétesse aurais-tu la nausée
en lisant ce billet qui te semble incongru
en regard de la femme, et ces faux hyménées,
invoqués par les tueurs en leurs coquecigrues ?
Car l’auteur que le suis réprouve cette engeance ;
le narrateur du récit constate les faits ;
Le personnage, lui, vit sa vie, s’en balance ;
on peut le regretter au sein de vers suspects.
Je ne suis pas un monstre, affirme Dom Juan,
c’est par humanité que j’aurais empêché
à ces femmes d’un soir de errer à pas lents
après avoir connu en l’amour son acmé.
On accuse l’auteur, qui vit depuis des lustres
avec sa régulière et fort bourgeoisement,
ne fût-ce qu’une fois comme ces tristes rustres
de s’associer au crime, alors qu’il s’en défend !
Quant à son narrateur pris au piège du su
et de l’insu même de tous les personnages
qu’il ne cautionne pas, il se poste à l’affût
dans les failles des mots donnés en apanage.
Foin de ces arguties, le juge condamna
l’auteur, le narrateur et le vil personnage
à la peine commune afin qu’on soulignât
cette complicité en leur embobinage.
Moi, je ferai appel de cette décision
tout en présentant aux familles mes respects,
mais en revendiquant d’écrire sans passion
la part d’ombre de nous sous notre cuir épais.
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