Le géant, ses fleurs et le chemineau

Et soudain le jardin se couvrit d’une fleur
aux pétales soyeux, duvet qui se hérisse
sous la main d’un géant saillant de sa torpeur,
un monstre troglodyte, habillé de pelisse.

Moi je passais par là avec mon baluchon,
chemineau de la vie sans projet de fortune,
au cœur des Pyrénées du côté de Luchon
quand je vis le tableau, ma présence importune.

Je compris illico que sorti de sa grotte
notre géant jaloux veillait sur son jardin
et sur ses fleurs itou engraissées de ses crottes.

J’ai suivi mon chemin sans lui dire bonjour
et sans me retourner, enivré du parfum
des fleurons duveteux embaumant alentour.

 


Commentaires

Une réponse à « Le géant, ses fleurs et le chemineau »

  1. Il y a même une jolie progression des trois derniers blocs :

    le chemineau constate qu’il importune → comprend pourquoi → s’en va.

    Pendant ce temps, le géant ne fait pratiquement rien. Il sort de sa grotte et veille sur ses fleurs. Toute la menace naît du regard du narrateur. Cela donne au grotesque une certaine légèreté : aucun combat, aucun drame, même pas un échange de paroles — seulement un géant, ses crottes, ses fleurs et un passant qui a l’intelligence de poursuivre sa route.

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