Auteur/autrice : Charlie
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La Réconciliation Impraticable
— Assez ! Le bistrot de la mère Bœuckly.Règlement de comptes. Dans la tête de Mårkvar,le brouillard avait mis ses lunettes. Il devait prendre une décision.Une décision droite.Celle d’un chef : — Nous devons nous entendre ! Dans les moques, le cidre hésita entre rire et désapprobation.Les consommateurs présents applaudirent. Debout sur une table, Mårkvar…
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La très discutable affaire des oiseaux
Odin contemplait, songeur, le fond de son triskèle. Vide. – Je m’ennuie ! Pleurnicha-t-il Loki, pour lui plaire, pissa dans les nuages. Mårkvar, du haut de sa tour, observait une nuée de mouettes jouant aux chevaux de bois au-dessus de Blanche-Roche. Sous la pluie de Loki, les mouettes devinrent folles. Elles fondirent sur le manoir.…
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L’art parfaitement inutile de faire face
Le temps était passé dire bonjour puis avait repris son chemin. Mårkvar et Kåthrïn, assis sur le même sable, regardaient la plage comme on regarde quelque chose qui prépare autre chose. Un crabe passa. De côté. Mårkvar se raidit. –– Tu as vu ? –– Oui, dit Kåthrïn. –– Il nous évite. Le crabe continua.…
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Vendredi 13 ou la très scandaleuse et parfaitement approximative saga de Mårkvar, le Mal-Aimanté
Le ciel avait trop bu. La mer mâchonnait ses vagues. Les dieux jouaient à la pétanque avec les constellations. Mårkvar, chef viking taillé pour le hasard, debout sur son drakkar, déployait ses rêves comme un parasol troué : — Angleterre ! Pillage ! Gloire ! Trompettes ! — Et peut-être même un fish and chips,…
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Lupins du Cotentin
Nous, qui sommes lupinset parlons entre nousnotre propre langageinconnu des horsains qui passent prés de nouset ne l’entendent pas,sautons à quatre rimespour les mieux dévorer des joies de notre vie,vraie ou imaginaire.Ne nous pointez du doigt :le doigt rompt le passage, nous disparaîtrionsde votre imaginaire.Mais si vous nous parlez,alors nos vers s’écartent et vous pourrez…
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Seul aujourd’hui existe
Narguer le temps qui vole, ment et nous pétrit. Rire des jours qui passent,ignorer ce qu’ils enseignent. Qui croit aux leçons se trompe ;un aveugle suit un aveugle,et tous deux tombent dans l’oubli. Hier triche,demain trompe,encore fraude,et le monde s’épuise. Seul aujourd’hui existe.
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À table !
Avant, toute froissée d’une toile cirée, j’offrais à mes convives du vin dans des verres sales, un rouge tord-boyau qui leur lavait la dalle, leur ruinait l’esprit et leur foie sinistrait, comme le firent les Vandales d’un empire en déclin. Onaro, le vin des costauds. Aujourd’hui toute lisse, ma surface ikéé, dans de propres gobelets…
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Autobiographie approximative d’une poule de clocher
Le ciel avait mal dormi. Les nuages bâillaient. Le zinc des gouttières faisait grève. Sur un toit de Touraine, le vent, ce stagiaire zélé de l’Histoire, révisait ses éléments de langage. C’est sous ce toit qu’un Gepetto forgeron, m’accoucha d’un cuivre obstiné. Il me fit coq. Pas par mérite. Par filiation. M’offrit une crête comme…
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Le bal des ego
Goutte de trop dans ta coupe d’utopie, tu parles fort, tu crois saisir l’ensemble — le monde esquisse un sourire discret : hubris, Tu griffes le ciel, tu te prends pour dieu, ta plume effleure le vide, des bulles de sens s’échappent de ton nez Ton trône de vers tangue sous ton poids, ta gloire…
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Deux pas derrière
Carnaval Venise suspend la rigueur. Accorde quelques heures au vertige. Désordre surveillé. Ivresse contenue. Depuis mille ans marché tacite : du jeu contre la colère, du théâtre contre la faim. Droit bref à l’écart. Masque : On brouille les sexes. On efface les noms. On interdit. On restaure. On rejoue. La bienséance rend les armes.…
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Le Pont des Morts
Dix-sept arches. Pour désapprendre le sol. Sous mes pas, j’entends couler l’Achéron. Je n’ai pas d’argent pour payer le passeur. J’ai troqué avant. Du plus beau de mes vêtements. De ce qui me rendait visible à la lumière. Ici, mon dernier habit est devenu pile, devenu pierre. Sa peau finance le seuil. Sous mes pas…
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Nul ne craint plus la mort …
Nul ne craint plus la mort que l’immortel s’il doute de son privilège.
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Moi, ce héros
Sms. Mercredi. 21 juin. 19h54. Peux-tu me rappeler d’urgence. Uniquement par sms. J’attends. Trois phrases. Trois coups brefs. La porte de mon ancien rôle qui tremble encore sur ses gonds. Jeudi. 13h12. Je réponds. Reçois seulement ton sms. Que puis-je faire pour toi ? Une minute. Deux. Le temps se ratatine. Je redeviens ce que…
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La fable du ruissellement
Descendant direct d’une bergère et d’une cruche optimiste, Empereur du pondoir, Napoléon des nids empilés, Perrot parlait aux poules comme on parle aux nuages : — Poules, vous vivrez. — Poules, vous compterez. — Poules, vous pondrez. Les poules hochèrent la tête. Certaines perdirent une plume. D’autres l’espoir. Perrot bâtit son palais vertical : le…
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L’utopie
L’utopie On la confond volontiers avec un zinzin pour gens fatigués. Elle n’est pourtant pas l’illusion naïve qu’on caricature. Plutôt une trajectoire qui dérange. Désir d’ouvrir d’autres possibles quand la raison a fait son temps dans les cimetières bien tenus. Mise en danger de soi. Abandon du confort. Marche sans garantie. À peine une voix.…
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J’ai aimé, j’aime et j’aimerai
J’ai aimé. Sans trop savoir pourquoi. Des visages, des voix, des mains et des baisers ont comblé mes attentes, m’ont apporté la joie. Je rends grâce au passé de tout ce qu’il m’octroie. J’aime. Ce que je connais. Les gestes minuscules et le peu que je sais. Avec entêtement, j’observe ce qui se fait, accepte,…
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Quixotte
Don On l’a vu arriver. Mal bâti. Bavard. Ça mettait mal à l’aise. On lui a expliqué. Longtemps. Il a écouté. Puis continué. Il parlait comme un tract. Des mots trop grands pour lui. On a dit : il se prend pour quelqu’un. Aux moulins il a foncé. Poitrine découverte. Certains ont parié. Il est tombé.…
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Paris, son nombril
Lui qui se prend pour la France. Paris vautré sur sa Seine, érectant de sa Tour un majeur, au nez de son passé. Paris une avenue, trois trottoirs, deux cafés, l’univers vu de biais. Paris qui certifie que le monde commence aux bouches de son métro. Paris, mon vieux Paris. Toi qui penses pour les…
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L’escrocœur
Un avenir se meurt.Trop donné. Trop tôt. On vient. Encore.Comme on frappe à la portede ce qui tient debout… par devoir. Une jeune fille.Rien reçu.Sauf le temps.Et la curiosité. — Que puis-je faire pour toi ?— Me donner ton cœur.Le mien est usé.Je continuerai… avec un autre. Elle pense.À ce qui n’a jamais commencé.Refuse. S’éloigne.…
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L’Ahlala !
Aux premières lueursla bête, dans sa couche, pète. Elle s’ébroue,s’étire,se lève. Titube.Trouve le trou. Libérée,elle retrouve une certaine aisance.Elle pense.Envisage sa journée. Et lâche son cri : Ahlalaaaaaaaaa ! Les araignées s’affolent.Le poisson rouge se terre.Les nuages presséss’exemptent. La bête s’asperge.L’eau emporteles souillures de la nuit. Elle se décrasse les dents,rase ses poils,pisse dans le…
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Nos jours d’été
Nos jours d’été passaient trop vite sur la plageoù courait un vent frais, où se baignait la Manche ;l’eau nous mordait la peau, nous hurlions de rires clairs. Marc, Thierry, Jean-Pierre, Béatrice et Hélène,et moi parmi les autres, liés sans se nommer.Le temps allait tout droit, sans nous demander rien. Au printemps, Marc tramait des…
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Complètement zinclés / Bar du cimetière
— Un café s’il vous plait.–– Allongé ?–– Déca.— Enterrement du jour ?— Dernier parent.— Ah… Vous étiez encore un enfant ce matin.— Même à mon âge.— Maintenant, vous êtes parent.— En première ligne.— Maladie ?— J’ai fait ce qu’il fallait.— L’aide à mourir. Et vous, vous restez.— Voilà.— Vous avez supprimé la barrière. Ça…
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Comme i(e)l parle, ma main …
Il interdit, il tranche, il dit moi, il dit non, Planté dans le réel,Exclamation charnelle,Oh ! L’index. Il mesure, il est axe et verticalitéPeut être transgressifAlors insulte muetteLe majeur ! Il sait vivre aristo et gamin à la fois.Jamais il ne commande,Parfois même il suggère,L’auriculaire . S’il est lien, l’annulaire ne sert pas à agir, Mais il…
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L’Atelier du Tailleur
Une lumière épaisse comme le miel. Assis sur un comptoir de bois sombre, un vieil homme aiguille, ciselle, ajuste, la bouche pincée, les yeux masqués de lunettes épaisses. Il ne relève pas tout de suite la tête. –– Te voilà donc enfin ! Je ne réponds pas. Il poursuit : –– Tu viens chercher ton…
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Tu es là !
Endormie.Seule dans cette grande demeure.Couchée en chien de fusil face à ma place inoccupée. J’ai hâte de te rejoindre mais quelque chose me retient. Ce n’est pas de l’hésitation mais un émerveillement silencieux, douloureux et doux,comme celui d’un homme qui revient enfin là où il aurait toujours dû être. Doucement je me glisse dans l’espace désœuvré. Moi aussi…