Auteur/autrice : Charlie
-
Le bus de 7 h 57
Un vieil halogène précipite son faisceau lumineux sur le mémoire que je termine tandis qu’un flot glacé glisse sous la porte de ma chambre. Il vient, en vagues, se jeter sur le lit où je suis installé. Le logement est petit. Je grelotte. Mon esprit profite de l’importunité pour réclamer une pause, mes membres leur…
-
Salon du livre
Je les ai vus ces enfants boursoufflés, trainant leurs tennis dans les allées, résignés à suivre leurs parents venus passer un moment gratuit, je les ai vus passer nez levé en proue de leur visage vide, poings fermés au fond des poches, méprisant cette marée de signes éloignés de leurs attentes de télé-réalité, unique lieu…
-
Monsieur le commissaire, ma femme est disparue !
– Disparue, dites-vous, depuis quand ?– Ce soir.– Ce soir ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle soit disparue ?– Elle n’est pas à la maison.– Travaille-t-elle ?– Oui.– Elle est peut-être simplement en retard.– Elle n’est jamais en retard.– Avez-vous appelé son travail ?– A cette heure, c’est fermé.– Comment rentre-t-elle ?– En voiture.–…
-
Complètement zinclés / Chez St Hubert
— Bonjour Marcel !— ’jour.— Un blanc. T’as vu les infos ?— …— Le coronavirus, les épidémies à venir, t’en penses quoi ?— Pas pire que l’alcool ou la drogue.— T’as déjà vu fermer des pays pour ivresse ou consommation de stups ? –– …–– Alors pourquoi le confinement ?— C’est mieux qu’une guerre pour calmer…
-
Complètement zinclés / Bar des sports
Finale de Coupe du monde. Visière sur l’oreille et langage de sourds-muets, des artistes nationaux assurent le spectacle d’ouverture. Un acteur américain, rappeur de circonstance, affiche l’expression de sa bienveillance. Pause pub. Sorties WC.Je commande une pression. Pas fraîche. Hymnes guerriers, chants patriotiques, bannières provisoires. Un peu de nationalisme c’est bon pour la cohésion sociale,…
-
Complètement zinclés / Comptoir de l’océan
Zinc fatigué, alignement de bières, rangée de têtes tournées vers la télé où un présentateur commente l’actualité : … fermetures d’usines … chômage … manifestations … Mon voisin saisit l’anse de sa chope, la dresse au-dessus de sa tête et, gueule ouverte, laisse tomber dans sa gorge quelques gouttes blondes et tièdes. Il la repose…
-
Complètement zinclés / Brasserie du théâtre
Sous le tivoli, duos et trios bavardent. Repaire d’habitués où ma solitude me rend encore plus étranger.Si j’y trouvais une compagne pour faire la paire, peut-être m’autoriseraient-ils à partager leurs potins. Je cherche un cœur libre.Pas de solitaire.Les trios : trop de chasseurs pour un seul gibier.Les couples : à envisager si mal assortis. Un…
-
Ma puritaine à moi
Austère, intransigeante, sévère, compassée,mais si tendre parfois;dure, rigoureuse, spartiate, rigoriste, guindéemais aimante à la fois,telle pourrait être celle qui saurait faire de moiun homme rien qu’un homme qui la tienne dans ses bras. Mais à trop afficher un style atrabilairequi lui brouille le foie,à vouloir singer les précieuses de Molière,version le woke et moi,je préfère…
-
L’enfant au menhir
La lune éclairait un champ de pierres dressées. Immobiles. L’une d’elles trembla. Se fissura. Finalement tomba en morceaux et laissa découvrir un enfant de huit ans peut-être. D’autres pierres offrirent bientôt une multitude à la clarté de l’astre. Un menhir pourtant semblait stérile. Les nouveaux-nés s’approchèrent, posèrent l’oreille contre la pierre. De petits coups secs venaient…
-
Complètement zinclés / Chicken’s pub
Assis sur une banquette, j’observe une poulette rousse entourée de deux coqs : l’un rasé de frais, compagnon officiel dont elle n’a plus rien à découvrir; l’autre, tout de plumes, propose des rêveries exotiques. Le premier s’absente en laissant son verre plein, promesse de retour. L’autre profite de la vacance pour déplacer ses ergots et…
-
Complètement zinclés / Café du malicieux
— Tu sembles fatigué !— J’ai mal partout de porter des vieilleries à la déchetterie.— Des vieilleries ?— Je vide la maison de mes parents.— Ehpad ?— Morts.— Ah… désolé.— Ils m’ont laissé un bordel … y’en a partout …— Une vie quoi.— … dans la maison et le jardin …— Mon pauvre !— ……
-
Complètement zinclés / Café des partageux
— Alors, cocu toi aussi ?— Comme toi. Ça pique, hein !— Surtout quand ta femme c’est une affaire. T’aurais préféré qu’elle reste même cocu ?— Vaut mieux être deux sur un bon coup que seul sur un mauvais.
-
Complètement zinclés / Bar de nos chers bourgeois.
Il pleut des cordes sur le port.Je me réfugie dans un bar, secoue mon Cherbourg trempé. — Un vin chaud, s’il vous plaît !— Tu m’en offres un ? Me lance un visage famélique au comptoir.— On se connaît ?— Ici tout le monde se connaît, on habite sous la même averse.— Je ne suis…
-
Complètement zinclés / Oasis café
— Patron, un autre !— Ça fait sept.— Je fête mes quarante ans !— Pas de femme pour ça ?— Dans ma famille, on est célibataire de père en fils.
-
Complètement zinclés / Macdommage
Une carcasse de bois, d’alu et de verre dresse son orgueil au milieu du bitume.Phare des zones commerciales, elle guide ma route et je viens m’échouer sur l’estran de sa grève. Telles deux balises à l’entrée d’un port, un chevalet me conseille la prudence : sol glissant; un panneau me livre sa devise : la…
-
Complètement zinclés / Café de l’église.
La messe finie, l’abbé traverse la place, s’assoit au comptoir et commande un Muscadet. — Meilleur que ton vin de messe, hein ? Pas de réponse. — On dirait qu’il n’y a plus grand monde chez toi, le dimanche. L’abbé tourne la tête vers l’écran où des chroniqueurs écharpent un type accusé d’anti-quelque-chose. Le temps…
-
Complètement zinclés / Café du marché
Mi-août, en terrasse. Je regarde défiler les corps : la malbouffe a laissé des réserves pour l’hiver. Quelques rares silhouettes échappent au syndrome, certaines continuent même de provoquer le désir. En voici une : perche à selfie dressée comme un étendard. Filme-t-elle le marché, la mer ? Non, c’est elle le sujet, le monde son…
-
Complètement zinclés / Chez Daniel
Au bout du comptoir, une vieille convertit en or ses minimas sociaux. – Tu vois, Daniel, la vie c’est comme un poulet. Enfant, tes parents te réservent le blanc. Adulte, tu te bas pour la cuisse. Retraité, tu te gardes les ailes pour offrir la chair à tes enfants. Vieux, il ne te reste qu’à…
-
Complètement zinclés / Chez Maurice
— Maurice, c’est quoi un puritain ?— Un gars contre les jupes ras des fesses…— Dommage, c’est joli les fesses !— … ou une fille qui ne veut pas qu’on la siffle dans la rue.— Normal si elle est accompagnée.— Même seule.— Elle est conne, ça fait plaisir de savoir qu’on plaît ! Et si…
-
Complètement zinclés / Beurgueurquine
– De mon temps les pauvres étaient tous maigres, dit la vieille. – Et alors ? demande sa voisine. La vieille regarde son maxi coca d’un air pensif, lève les yeux puis observe longuement les clients. Sa bouche s’ouvre enfin sur des dents déchaussées. – Aujourd’hui, ils sont tous obèses ! Et ses mandibules se…
-
Complètement zinclés / PMU
— Patron, une blonde !À côté de moi un homme se redresse, verre vide :— T’es qui, toi ? Je devine : pas gros, pas résigné, chic discret : fils d’ouvriers qui a rincé ses parents pour faire une grande école. Je parie que tu caches un prénom de série télé sous un diminutif. —…
-
A Bé Cé Dé rE – (U à Z)
Uniforme : tenue de rigueur Usurier : antique porte-monnaie Vampire : à couteaux tirés Verge : sceptre éphémère Veuvage : entracte Vérité : Marie-couche-toi-là Vernissage : buffet gratis Victoire : fille de l’orgueil, mère de la défaite Virginité : période de jeûne Virilité : expression corporelle Vieux : espèce en voie de disparition Voisin (nouveau)…
-
A Bé Cé Dé rE – (T)
Talons-aiguille : promesse de voyages hauturiers Temps : unique objet de mon ressentiment Tendresse : amour sans dénouement Terrasse (de café) : parc zoologique Tête : boite à utilités Tête-à-queue : vice et versa Théâtre (public d’un) : bande de voyeurs `Trésor (public) : éternel créancier Tour Eiffel : Paris bande-t-il ? TV : église…
-
A Bé Cé Dé rE – (S)
Sébile : accessoire ultime du dialogue social Séducteur : intrépide mais pas téméraire Sexualité (du pré-ado) : l’arlésienneSexualité (de l’adulte): syndrome compulsif Sexualité (du vieillard) : flash back Soutien-gorge (avec) : trompe-l’oeilSoutien-gorge (sans) : désir en 3 D Smoking : fric-frac Soleil : Fiat vintage Sourire : premier palier du harcèlement Larme : premier palier…
-
Mourir pour tes idées
Strophes inspirées de l’oeuvre de Brassens en réponse à un ami auteur qui opposait, par maligne provocation, l’égoïsme des retraités au risque de chômage des jeunes lors de la crise sanitaire du Covid 19 . Il concluait, non sans ironie, lui-même n’étant pas de la dernière averse, que la pandémie ne supprimerait que de vieux décrépits.…