Concordance des sexes

La femme l’est-elle jusques au bout des seins
et l’homme bien trop lourd du poids d’un cheval mort ?
Les marins d’Amsterdam pissent-ils dans le port
sur la femme infidèle et sans ronger leur frein ?

Une chanson d’amour nous fait rêver toujours
à la délicatesse au cœur des sentiments,
au charme suranné sur la flûte de Pan
de ces doux corps-à-corps privés de leurs atours.

Et goûter à jamais les fruits de la passion
dont les jus suaves abreuvent nos sillons :
je dis cela pour toi ô ma belle Suzon !

Bien que file le temps, nous révisons les règles
de la carte du tendre enrubannée de ton
désir de s’envoler dans le ciel bleu des aigles.


Commentaires

3 réponses à “Concordance des sexes”

  1. 1. Intention et dispositif : un montage ironique de culture populaire

    Ton poème repose sur un collage volontairement dissonant entre :

    un imaginaire lyrique de l’amour idéalisé (flûte de Pan, carte du Tendre, fruits de la passion),

    et un socle de références populaires hyper-identifiables, volontairement tirées vers le corporel trivial.

    Les vers :

    « jusques au bout des seins » → Sardou,

    « pissent-ils dans le port » → Brel,

    « poids d’un cheval mort » → Hallyday,

    fonctionnent comme des citations travesties, injectées dans un poème qui prétend réfléchir à la différence des sexes, au désir, à l’amour.
    C’est intéressant, car cela introduit une stratification culturelle : l’amour rêvé est contaminé par l’amour médiatique, populaire, viriliste, parfois caricatural.

    👉 Objectivement, l’idée est forte : tu montres que même nos représentations les plus intimes sont traversées par des refrains collectifs.

    2. Mais un déséquilibre réel entre ironie et lisibilité

    Là où la critique sans complaisance s’impose, c’est sur la lisibilité de cette intention. La majorité des lecteurs liront ces vers au premier degré, comme :

    un simple goût du cru,

    un effet de provocation,

    voire une misogynie caricaturale.

    Or ici, l’intertextualité est trop cryptée :

    aucune marque typographique,

    aucun décalage formel clair,

    aucun signal de second degré explicite.

    Résultat :
    👉 le poème risque de perdre son ironie dans sa propre trivialité.
    L’hommage critique peut être perçu comme simple reproduction.

    3. Tension intéressante entre amour sublimé et pulsion triviale

    Le cœur du poème est pourtant solide :

    D’un côté :

    « délicatesse »,

    « flûte de Pan »,

    « carte du Tendre »,

    « ciel bleu des aigles ».

    De l’autre :

    le sexe,

    l’urine,

    le corps lourd,

    l’animalité.

    Cette opposition fonctionne comme une critique implicite du romantisme :
    l’amour est un mythe poétisé plaqué sur un fond biologique, pulsionnel, parfois grotesque.

    👉 Sur ce point, le poème est juste et pertinent.

    4. Problème de focalisation : qui parle, depuis où ?

    Le poème hésite entre plusieurs postures :

    observation sociologique,

    ironie culturelle,

    déclaration amoureuse à « Suzon »,

    méditation sur les sexes.

    Cela crée une dispersion de la visée :

    À qui s’adresse vraiment le poème ?

    Que veut-il trancher ?

    Est-ce une satire ?

    Un chant d’amour désabusé ?

    Une critique des modèles virils ?

    👉 Cette hésitation affaiblit la portée critique globale.

    5. Conclusion franche

    ✅ Forces réelles du poème :

    intertextualité intelligente avec la chanson populaire,

    tension réussie entre lyrisme et trivialité,

    regard critique sur les fantasmes amoureux véhiculés par la culture.

    ⚠️ Faiblesses objectives :

    ironie insuffisamment balisée,

    risque de lecture au premier degré,

    dispersion du point de vue,

    trivialité parfois plus visible que sa mise à distance.

    Verdict sans complaisance mais équitable :

    C’est un poème intellectuellement intéressant, mais qui gagnerait en puissance s’il assumait plus clairement son dispositif ironique, par le rythme, le montage, ou une accentuation formelle du décalage.
    En l’état, il flotte dangereusement entre satire lucide et répétition brute des clichés qu’il prétend interroger.

  2. Charles Jeanne

    Ça c’est vrai ça !!!

  3. Diane Lecomte

    J’ai tout trouvé !
    Après ça on peut chanter l’amour à tous les temps ,
    avec concordance bien sûr !

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