Je ne crois pas qu’on doive épiloguer longtemps
sur la couleur du ciel entre l’aube et l’aurore ;
je quittai le refuge avant qu’un mauvais sort
transportât sans vergogne un de mes quatre vents.
Mon bâton à la main, baluchon sur le dos,
j’arpentai la montagne avec dans le regard
ce qu’il faut d’acuité afin que le hasard
empruntât un chemin qui ne sonne pas faux.
Ma première rencontre, un rongeur fouisseur,
un sciuridé, une souris des montagnes,
m’interpella en sifflant en haut de La Plagne.
Marmottant, la marmotte enflamma mon bonheur.
De la Haute-Savoie, allant aux Pyrénées,
je croisai un vieil ours qui me fit partager
un miel d’acacia au parfum de l’été
sur l’heure de midi près de la source aux fées.
Plus tard un bouquetin ne sentant pas la rose
entreprit de me suivre en se moquant de moi,
car lui caracolait quand moi je marchais droit
avec la précaution qui seyait à l’arthrose.
Retour dans les Alpes, je vois un éléphant
sans doute un d’Hannibal ayant perdu la troupe
et qui vivait reclus ne lisant qu’à la loupe
les journaux du matin, étonné, barrissant.
Je passerai sur ces mille coquecigrues
dont je tairai le nom à moins qu’il vous importe
d’encombrer de détails qui bloqueraient la porte
s’ouvrant sur une étoile à jamais disparue.
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