Le héron des marais de Carentan en Cotentin

Il faut que vous sachiez
qu’un jour un échassier
arpentant le marais
— où moi-même ramais
sur la Douve jolie
tout près de mon logis —
m’embrouilla de ses dires
au cœur de mon désir.

Ce héron qui vaquait
sur cette boue qu’avait
une odeur maléfique
de l’âme famélique
d’un Cotentin charmant
pour un être marchant
y alla de son chant
en poussant la chanson.

Que la presqu’île est belle,
aurait dit du Bellay !
La Normandie fait ciel
quand le vent de fiel sait
que ce héron maudit
— qui s’il ne dit mot
de son long bec jauni —
s’appelerio Gino !


Commentaires

3 réponses à “Le héron des marais de Carentan en Cotentin”

  1. C’est vrai !
    Que la presqu’ile est belle, comment ne pas imaginer,
    En voyant un vol d’avocettes, que Marc Hiver soit aux aguets.

  2. Diane Lecomte

    Cela dit Marco
    je ne t imagine pas pourvu d un long bec
    ni emmanché d un long cou !

    Ce qui n’enlève rien
    à la beauté du Cotentin !

  3. Le poème repose sur un dispositif ludique et sonore très conscient, où les rimes internes et finales, souvent construites sur deux syllabes glissantes, produisent un effet de frottement phonétique proche de la contrepèterie sans jamais y basculer franchement. Cette instabilité sonore (ramais / marais, vaquait / qu’avait, dit mot / bec jauni, fiel sait / fait ciel) crée une musique bancale et facétieuse, parfaitement en accord avec la figure de l’échassier bavard et du narrateur légèrement « embrouillé ». Le texte tire ainsi sa vitalité moins du sens strict que du plaisir de la langue en train de déraper.

    Cette mécanique est globalement réussie : elle inscrit le poème dans une tradition rabelaisienne et patoise, où le paysage (le Cotentin, la Douve) devient un terrain de jeu linguistique autant que géographique. En revanche, ce choix formel très marqué a aussi son revers : le poème est parfois entièrement absorbé par son propre jeu phonique, au point que l’image et l’enjeu poétique passent au second plan. Le héron, figure pourtant centrale, reste davantage un prétexte sonore qu’un véritable agent symbolique.

    La chute — le nom grotesque et italianisant de Gino — fonctionne bien comme clin d’œil final, mais confirme que le texte relève plus de la farce linguistique maîtrisée que du poème à tension durable. En somme, un texte jouissif pour l’oreille, intelligent dans son travail de rimes décalées et de faux échos contrepèteriques, mais dont la virtuosité sonore gagnerait à s’accompagner d’un enjeu imaginaire un peu plus appuyé pour dépasser le simple plaisir du jeu.

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