Au début, ce ne fut pas un refus.
Ce fut moins.
Un pas qui ne prit pas.
Pas raté.
Pas empêché.
Pris ailleurs.
L’Aujård avança.
Ou plutôt : quelque chose avança en lui,
et le sol ne suivit pas.
Il posa le pied.
Le terrain le rendit.
Un peu à côté.
Pas assez pour tomber.
Juste assez pour ne pas être là.
— Ah, fit-il.
Le mot resta.
Sans appui.
Il tenta un second pas.
Celui-là trouva.
Mais trop tard.
Le moment était passé.
Derrière,
la bataille continuait.
Moins nette maintenant.
Elle cherchait encore
où le reprendre.
Un cri surgit.
Sans bouche.
Une ligne se reforma dans le sable.
Toute seule.
Des corps la rejoignirent par habitude.
Des armes cherchèrent des mains.
Certaines trouvèrent.
D’autres non.
L’Aujård leva le bras.
Le geste vint.
Précis.
Habitué.
Il frappa.
Le coup partit.
Arriva.
Le sol ne valida pas.
L’impact eut lieu.
Sans conséquence.
Comme posé sur rien.
En face,
un Koskvíkingar vacilla.
Par mémoire plus que par douleur.
Puis se redressa.
— Non, dit-il.
Et cette fois, il avait raison.
Un silence passa. Occupé ailleurs..
L’Aujård regarda sa main.
Elle avait frappé.
Mais pas ici.
— Ça ne prend plus, dit-il.
Personne ne répondit.
Au loin, la mer mâchonnait sans commentaire.
Une vague monta.
Pas haute.
Pas forte.
Suffisante pour déplacer ce qui venait d’être décidé.
Blanche-Roche disparut.
Pas loin.
Juste sous.
Les crabes tinrent.
Moins bien.
Ils avançaient encore.
De travers.
Donc moins droit.
Une mouette valida.
Puis corrigea.
Trop tard.
L’Aujård plia.
Pas sous le coup, sous l’absence.
— Non, dit-il.
Et, pour la première fois, le mot resta là.
Kåthrïn leva les yeux.
Pas vers lui.
Vers ce qui tenait.
— Oui, dit-elle doucement.
Mais pas pour répondre.
Le vent passa sans emporter.
Il resta.
Derrière eux,
la bataille insista encore.
Moins bien.
Quelque chose manquait.
Pas une force, un accord.
Le terrain ne cédait plus.
Il n’attaquait pas.
Il ne défendait pas.
Il ne prenait pas.
Les Koskvíkingars hésitèrent.
L’un d’eux leva une hache.
— Reprendre ! cria-t-il.
Le mot trouva mal.
D’autres avancèrent malgré tout.
Par reste, par réflexe,
comme si quelque chose continuait encore
à passer par certains corps.
Les armes retrouvèrent un peu de poids.
Un homme avança avant d’avoir peur.
Même le vent hésita.
— Non, murmura Kåthrïn.
Le drakkar échoué grinça.
Une planche se détacha.
Puis une autre.
Mårkvar avança.
Décidé.
Son pas trouva.
Puis perdit.
— Ça suffit, dit-il.
Le mot partit.
Chercha.
Ne trouva pas.
Les lignes ne tenaient plus.
Même la haine arrivait en retard.
Alors L’Autre marcha vers le drakkar,
comme appelé.
Son corps avançait correctement.
Trop correctement.
Kåthrïn leva les yeux.
— Non, dit-elle doucement.
Mais ce n’était déjà plus tout à fait lui.
Il reprit ses gestes une dernière fois.
Net, parfait, il posa le pied sur la coque.
Alors cela lâcha.
Pas dans les hommes.
Pas dans le ciel.
Dans l’accord.
Le vent cessa de choisir.
Les mouettes arrêtèrent de valider.
Les crabes reprirent leurs traverses
sans stratégie.
Les Koskvíkingars restèrent là, armes baissées,
comme oubliés par ce qui les faisait tenir ensemble.
Même leurs phrases se défaisaient.
— Nous…
fit l’un d’eux.
Mais la suite ne vint pas.
L’Autre monta à bord.
Pas vaincu.
Revenu trop tôt,
ou trop tard.
Le bois céda, pas violemment,
simplement ça ne porta plus.
L’air arriva difficilement jusqu’à lui.
Puis correctement.
Puis autrement.
Kåthrïn s’approcha.
— Là, dit-elle.
Elle ne montrait rien.
Mais quelque chose cessa d’insister.
Le drakkar glissa un peu.
La mer tentait de le reprendre.
Le sable hésita.
Puis céda juste assez.
Mårkvar regarda autour de lui.
La bataille cherchait encore
mais elle ne trouvait plus personne
qui accepte entièrement de la continuer.
Alors elle resta là.
Un moment.
Vide.
Puis moins.
Au-dessus,
les dieux ne riaient plus.
Thor attendait.
Odin comptait quelque chose qui manquait.
Loki souriait encore.
Mais avec précaution.
Le vent passa.
Sans ordre.
Sans mission.
Puis il repartit.
Depuis ce jour,
sur les plages où le sable refuse encore certaines décisions,
on dit que les guerres ne finissent pas toujours par une victoire.
Parfois,
elles cessent simplement d’être portées.
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