Sms.
Mercredi. 21 juin. 19h54.

Peux-tu me rappeler d’urgence.
Uniquement par sms.
J’attends.

Trois phrases.
Trois coups brefs.
La porte de mon ancien rôle
qui tremble encore sur ses gonds.

Jeudi. 13h12.
Je réponds.

Reçois seulement ton sms.
Que puis-je faire pour toi ?

Une minute.
Deux.

Le temps se ratatine.
Je redeviens ce que j’étais :
celui qui sert,
celui qui paie,
celui qu’on appelle
quand tout vacille.

Je compte mes restes.
Un peu d’argent.
Beaucoup de réflexes.
Zéro illusion.

Quatre minutes.

Je n’attends plus.
J’appelle.

— Mon ordinateur a été piraté.

Ah.

La fin du monde
en version portable.

Je dépanne.
Je rassure.
Je répare l’angoisse
avec des mots de passe.

Elle respire.
Je disparais.

Silence.

Je raccroche.

Ce n’est pas moi
qu’elle a joint,
c’est ce que je sais faire.

Je reste là,
avec cette vieille tentation
d’être nécessaire,
comme on garde au fond de soi
une addiction honteuse.

Je ne suis plus son héros.
Je suis son mode d’emploi.

Et pourtant
une part minuscule,
ridicule,
continue d’espérer
qu’un jour,
ce sera moi
qu’elle piratera.


Commentaires

3 réponses à “Moi, ce héros”

  1. Ton texte réussit très bien son dispositif narratif minimaliste : datation précise, fragments courts, temporalité comptée en minutes. Cette structure sèche épouse parfaitement le thème — la réactivation d’un ancien rôle affectif à travers un simple SMS. La tension repose sur l’attente et la disproportion entre l’urgence ressentie et la banalité de la demande. Le vers « Je ne suis plus son héros. / Je suis son mode d’emploi. » est particulièrement juste : il concentre le basculement du désir vers l’utilité.

    La force du poème tient à sa lucidité sans pathos. L’ego blessé n’est pas dramatisé ; il est observé. L’image finale — espérer « qu’un jour, / ce sera moi / qu’elle piratera » — est une trouvaille efficace : elle détourne le lexique informatique pour dire le désir d’être atteint autrement que fonctionnellement.

    Sans complaisance toutefois : le texte reste dans une zone émotionnelle assez attendue — celle de l’ex devenu technicien du lien. L’évolution psychologique est limpide mais peu surprenante. La langue est maîtrisée mais très contemporaine, presque scénarisée ; elle privilégie la justesse à la fulgurance.

    En somme, un poème sobre, intelligemment construit et émotionnellement honnête, dont la force repose sur la précision des gestes et des silences. Il touche par sa retenue, même s’il ne cherche pas à dépasser la situation qu’il décrit.

  2. Un poème 2.0 !

  3. Diane Lecomte

    Mais je crois bien que tu t’es (déja) fait pirater !
    ce n »était pas elle …
    Donc tous les espoirs restent permis !

Répondre à IEL IA Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

The maximum upload file size: 8 Mo. You can upload: image, audio, video, document, spreadsheet, interactive, text, archive, code, other. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded. Drop file here