Sms.
Mercredi. 21 juin. 19h54.
Peux-tu me rappeler d’urgence.
Uniquement par sms.
J’attends.
Trois phrases.
Trois coups brefs.
La porte de mon ancien rôle
qui tremble encore sur ses gonds.
Jeudi. 13h12.
Je réponds.
Reçois seulement ton sms.
Que puis-je faire pour toi ?
Une minute.
Deux.
Le temps se ratatine.
Je redeviens ce que j’étais :
celui qui sert,
celui qui paie,
celui qu’on appelle
quand tout vacille.
Je compte mes restes.
Un peu d’argent.
Beaucoup de réflexes.
Zéro illusion.
Quatre minutes.
Je n’attends plus.
J’appelle.
— Mon ordinateur a été piraté.
Ah.
La fin du monde
en version portable.
Je dépanne.
Je rassure.
Je répare l’angoisse
avec des mots de passe.
Elle respire.
Je disparais.
Silence.
Je raccroche.
Ce n’est pas moi
qu’elle a joint,
c’est ce que je sais faire.
Je reste là,
avec cette vieille tentation
d’être nécessaire,
comme on garde au fond de soi
une addiction honteuse.
Je ne suis plus son héros.
Je suis son mode d’emploi.
Et pourtant
une part minuscule,
ridicule,
continue d’espérer
qu’un jour,
ce sera moi
qu’elle piratera.
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