Catégorie : poemes

  • La Réconciliation Impraticable

    — Assez ! Le bistrot de la mère Bœuckly.Règlement de comptes. Dans la tête de Mårkvar,le brouillard avait mis ses lunettes. Il devait prendre une décision.Une décision droite.Celle d’un chef : — Nous devons nous entendre ! Dans les moques, le cidre hésita entre rire et désapprobation.Les consommateurs présents applaudirent. Debout sur une table, Mårkvar…

  • Et puis tu éteindras…

    Pourquoi restes- tu là , à parler avec moi A penser comme moi , à compter sur tes doigts A observer nos gestes, et nos mains qui tremblent Et ce temps qui nous reste, à le passer ensemble   Un jour, ou bien un autre , avant que nos corps sombrent Et tu verras, cela…

  • Démangeaisons

    Et après tant d’années d’une vie atopique, ma peau encor’ sensible au foutraque prolixe se desquame en secret comme si une rixe conduisait à la mort en grattant ce qui pique ! À force de gratter, mon âme ensanglantée se repaît du printemps vers une apothéose dont je soupçonne en vrai l’abominable ptose de raviver…

  • Le loup-garou du Cotentin

    Il m’arrive souvent les nuits de pleine lune de me changer en loup et d’arpenter la grève du côté de Fréval où le Nô sort des dunes avant de me happer comme un attrape-rêves. J’y vais déchiqueter des souvenirs anciens, les mânes de mes morts du temps que j’étais beau quand les filles en fleur…

  • Toi poésie

    C’est la journée mondiale de la Poésie..     Toi… poésie Je n’ai pas toujours envie de te voir là où tu es je n’ai pas non plus le goût de te lire là où tu n’apparais pas je ne suis pas d’avance sensible à ton absence   Mais je sens ta présence dans les…

  • Entre deux morts

    Au commencement, la Mort régnait sur la Terre. La Terre était stérile et de vie, point du tout. Pas le moindre plancton pour nourrir notre mer, et dans l’abîme froid rien qui fût un peu doux. Alors, comme se réveillant du fond des âges, la Mort dit à son serviteur du nom de Dieu :…

  • Comme

    A chaque nuit nouvelle, je cherche après la lune, Comme si je craignais qu’elle ne se trouve en fuite; Passagère et légère que je prendrai pour l’une De ces âmes faciles aux relations sans suite. Moi, j’exige de sa part, une exclusivité, Comme si j’étais son homme, auquel elle se réserve. Je veux qu’elle m’ensorcelle…

  • Le pays où je vis

    Je vis dans un pays où la mélancolie n’est jamais de saison et bannit la mort lente qui enterre ses fruits tombés en vaine rente de cette nostalgie dont l’âme fait son lit. Le rêve d’un ailleurs vers des contrées arides, quand le sang indigo coule sans avenir, n’émousse pas l’amour exaltant les soupirs des…

  • La tour de Pise

    Si un jour il m’était donné de dégommer la tour de Pise je vous dirai avec franchise, mais aussi, pourquoi se pencher ? Alors si par inadvertance je faisais cocu un ami je verrais en catimini — et en riant — sa déchéance. Tiens ! si les drones de la guerre se croient malins avec…

  • Saxofrage

    Il joue souvent du saxo debout Pour lui susurrer quelques mots doux Mais pour ne pas que cela se sache Dans un endroit discret il se cache.     Là, il laisse sa main sur sa an-anche – Et sa bouche sur son bec se pen-enche- De son âme il tire des frissons Ce sera…

  • Pas con

    Je ne voudrais pas qu’on me prenne pour un con sous le prétexte que je serais fou, quoique ! Grotesque est mon credo, Cyrano, mon bedeau et j’envisage même la farce pénultième. Toi le poète dont on chante le pur don, que ton vers nous enchante ! Alors, moi, Don Quichotte avec Sancho, mon pote,…

  • Milouze se déchaîne

    Milouze l’inspecteur, peut-être l’inspectrice, toujours au bord du genre et toujours à la fête se faisait une joie de mener cette enquête à partir d’un cadavre, distinction fondatrice. Le légiste entama de visu son constat sur le corps pantelant d’un cisgenre impudique exhibant mille plaies avec pour tout viatique un rictus de douleur à l’orée…

  • Ainsi soit il

    J’ai brisé le sablier du temps Égaré ma seconde d’éternité Il me faudra bien une autre perpétuité A courir les plaines désertes Pour la chercher Ainsi soit il. … J’ai perdu le nord La tête, le cœur et le ponant J’ai perdu encore Plus que ton corps Tout mon occident Ainsi soit il. … Je…

  • Je veux mourir demain

    Enfin ! libéré du bonheur, je peux m’adonner au malheur dont je veux au clair de la lune tremper dans les larmes ma plume. Désespoir, assombris le ciel, donne à mes vers le goût du fiel que je redoute l’avenir et chasse l’idée de plaisir ! Je voudrais comme toi, Werther, me vautrer dans le…

  • Face et Pile de mots 3

    C’est juste une émotion qui passe, tu regardes les arbres, des navires arrivent, tu n’iras pas là-bas, c’est une bonne année mais, elle n’est pas faite pour toi, il tourne le soleil, il éblouit, faut pas pleurer tu sais, un hiver plus froid, l’eau sera glacée et tu pourras traverser, toi qui n’aimes pas l’hiver,…

  • Complot poétique

    Ainsi donc c’était moi de ce complot la cible ! Des poètes jaloux avaient armé la main d’un autre rimailleur tout pétri de sa bible reprochant à mes vers des pieds sans lendemain. Des thuriféraires de la modernité Ne comprenaient jamais que je fusse à l’antique et que l’art grotesque sans la solennité leur damasse…

  • La très discutable affaire des oiseaux

    Odin contemplait, songeur, le fond de son triskèle. Vide. – Je m’ennuie ! Pleurnicha-t-il Loki, pour lui plaire, pissa dans les nuages. Mårkvar, du haut de sa tour, observait une nuée de mouettes jouant aux chevaux de bois au-dessus de Blanche-Roche. Sous la pluie de Loki, les mouettes devinrent folles. Elles fondirent sur le manoir.…

  • Petit jour blafard

    Petit jour blafard Il a encore gelé sur les crocus de la terre craquelée.     Derrière la vitre je vois un pigeon traverser la rue dans le passage clouté. Une trouée de nuages laisse une étoile s’échapper.     Le ronronnement du frigo, la théière qui siffle, l’odeur entêtante des jacinthes la vie reprend…

  • Face et Pile de mots 2

    Dans la pénombre, je connais la vallée, c’est un effondrement, il y a cette clôture en fil barbelé qui n’a pas bougé, cette autre un peu plus loin que la futaie a brisé près de la rivière, cette vieille cabane de planches qui se remplit d’eau l’hiver, en contrebas, j’ai glissé, si brusquement, ma main…

  • La voix du vent

    J’envie la voix du vent et la vague frivole aux cris des cormorans qui prennent leur envol. Je vis donc dans l’envie de rêver éveillée et de voir à l’envi la mer ensoleillée, car l’oiseau et l’humain en maintes occasions y dansent leur destin. Alors que mes pensées toutes à leur passion transportent mon aimé…

  • L’art parfaitement inutile de faire face

    Le temps était passé dire bonjour puis avait repris son chemin. Mårkvar et Kåthrïn, assis sur le même sable, regardaient la plage comme on regarde quelque chose qui prépare autre chose. Un crabe passa. De côté. Mårkvar se raidit. –– Tu as vu ? –– Oui, dit Kåthrïn. –– Il nous évite. Le crabe continua.…

  • Soixante-quinze ans

    Un petit pauvre vieux du haut du fort du Roule contemplait en Cherbourg son passé révolu, soixante-quinze années à se geler le cul, n’attendant du futur que de perdre la boule. Le vieillard cacochyme éternua dans le vent et contre la marée il louvoyait encore se frayant un chenal pour trouver un accord qui satisfasse…

  • Vendredi 13 ou la très scandaleuse 
et parfaitement approximative 
saga de Mårkvar, 
le Mal-Aimanté

    Le ciel avait trop bu. La mer mâchonnait ses vagues. Les dieux jouaient à la pétanque avec les constellations. Mårkvar, chef viking taillé pour le hasard, debout sur son drakkar, déployait ses rêves comme un parasol troué : — Angleterre ! Pillage ! Gloire ! Trompettes ! — Et peut-être même un fish and chips,…

  • Humphrey et moi

    Humphrey et moi J’ai rencontré Humphrey sur le quai de la gareil me suivait de près, je croisai son regardIl avait les yeux noirs le chapeau enfoncésur un front furibard et des joues burinées Par un drôl’ de hasard côte à côte placésdans ce train banlieusard me mis à rêverdéjà je le voyais près de…

  • Face et Pile de mots 1

    Il y avait en moi, des traits qui partaient vers le haut, comme des bras et des bouées pour respirer dans l’eau et dans le cou, des galaxies, des oiseaux de paradis, une fleur aussi, elle tentait de retenir quelque chose, un équilibre je crois – et si elle n’était pas là, je tomberais tellement…