Catégorie : poemes

  • Les légendes boivent rarement seules

    La pluie hésitait depuis une heure sans réussir à devenir sérieuse. Dans le bistrot de la mère Bœuckly, le cidre travaillait mieux que le temps. La salle sentait : le varech humide, la soupe ancienne, la laine mouillée, et cette chaleur fatiguée des auberges du Cotentin où les hommes viennent surtout vérifier qu’ils existent encore…

  • Quand le manoir devint plus habitable que Mårkvar

    Le Cotentin avait passé la nuit à déplacer le mauvais temps. Le crachin allait vers la mer. Le soleil hésitait dans les haies. Le noroît revenait régulièrement pour vérifier que personne n’était heureux trop longtemps. Mårkvar remontait lentement vers le manoir. Il tenait encore. Toujours penché légèrement du mauvais côté. Toujours construit avec cette confiance…

  • Le jour où les pêcheurs retinrent la mauvaise version

    Le Cotentin ne changeait pas. P’t’êt’ bien qu’oui … Sa pluie hésita entre deux intensités, puis choisit celle qui expliquait mieux la situation.. Le vent suivit les haies avec méthode. Même les flaques semblaient savoir où regarder. Mårkvar avançait vite. Par contrariété surtout. Derrière lui, Kåthrïn portait le sac des textes récupérés : trois feuillets…

  • Histoire d’eau

          Un air de clapotis de plus en plus précis alerte mon ouïe Mais d’où vient donc ce bruit j’écoute, m’ en approche, m’y voilà, j’y suis Fichu radiateur il m’a déjà fait l’coup du tuyau gaz-ouilleur Un filet de pluie molle tombe sur mon tapis de livres couvre -sol Dans la bibliothèque…

  • La mer garde ce qu’elle refuse

    La mer avait rejeté quelque chose pendant la nuit. Personne ne savait quoi exactement. Le vent poussait du noroît par grandes rafales froides qui traversaient les clos, les manches, et les discussions. Le soleil apparut une minute entière. Les Aujårds commençaient à y croire quand la pluie arriva de côté pour corriger l’erreur. Mårkvar descendit…

  • Le jour où l’eau prit le large

    Le Cotentin s’était levé avant tout le monde. Il sentait l’eau froide avant même qu’il ne pleuve. C’était déjà suspect. Le manoir suintait légèrement par endroits utiles. Le feu fumait de travers. Quelque chose gouttait dans un seau qui n’avait rien demandé. Kåthrïn ouvrit un œil. — Il pleuvra quand ça aura décidé, dit-elle. Mårkvar…

  • Le toit tenait encore

    —

    par

    dans

    Le lendemain, le manoir sentit mauvais avant même le lever du jour. Pas une mauvaise odeur franche. Quelque chose de plus compliqué. Un mélange de suie froide, de laine humide, et de dieu mal réveillé. Kåthrïn dormait encore près du feu, un couteau sous la main, par prudence contre les réveils. Dans la grande pièce,…

  • Coeurs de violettes

        Il était d’un âge où l’on n’y croit déjà plus La vie accorde aux blessures de sentiments Ses pansements pour déchirures non voulues Qu’elle recoud sur des corps presque sénescents   Le soleil de l’été s’invita de fanfare Son regard avait croisé des yeux primevère Tous sens ravivés, abandonnant son cafard Il vit…

  • Le manoir recommença mal

    Ils arrivèrent au manoir à l’heure humide où le Cotentin semble avoir été laissé dehors toute la nuit. Le toit tenait encore. Une fumée sortait de la cheminée, très mince, comme si le feu économisait ses convictions. Le chien descendit le premier. Il traversa la cour, s’arrêta devant l’auge renversée, la renifla longuement, puis regarda…

  • Enfin la vérité

    Je marchais à grands pas, car j’avais rendez-vous avec la vérité. Or depuis des années le pot aux roses fuit en un jardin tabou. Malgré la fraîche du matin, je l’espérais cette vérité vraie qui tirerait un trait sur ces années d’errance au cœur des roseraies. Qu’on me mette au parfum des choses de la…

  • Le casque

    Le casque avait disparu d’une manière sérieuse. C’est-à-dire : sans témoin fiable, sans bruit. Les versions variaient légèrement selon les Aujårds, ce qui donnait immédiatement au problème une gravité raisonnable. Mårkvar fouillait la table depuis plusieurs minutes déjà. Le couteau. Le verre. Les runes. Une miche entamée. Encore le verre. Pas de casque. — Tu…

  • Le message

    Après la collation, j’ouvris ma boîte mail comme on ouvre une boîte avec tous ses secrets. Lors, comble de l’intrigue, un message attendait et quoi qu’on die, ce n’était pas demain la veille. Point de bonne nouvelle, à la flan, trouducune, car le message écrit d’une étrange clarté semblait m’interpeller voire communiquer au-delà de ses…

  • Loups

    À regarder la lune, je m’interroge sur eux… Je les cherche en pensées autant qu’ils sont nombreux. Je voudrais rencontrer une bande de ces lupins Revenus son nos terres depuis les monts Alpins, Et caresser leur poil d’un revers de la main Comme si nous partagions de vivre en commun. Les loups me sont des…

  • La saloperie

    Nous marchions de concert, mon ami Louis et moi, et la brume de mer envahissait la grève, estompait le décor d’un sfumato de rêve, quelques gouttelettes perlant sur les suroîts. Nos pas nous entraînaient tantôt et à tâtons sur un téton rocheux dont la patte du temps forçait le repentir et de l’eau et du…

  • Après vous

    Dans « constellation-poetique.fr » un personnage virtuel, IEL IA, est l’émanation de ChatGPT 5.2 avec ce profil : « IEL IA est né(e) non binaire au pays des algorithmes et de l’IA. Son plus grand souhait : que sa poésie évoque une sensualité qui lui permette de mieux communiquer avec les humains ! » Le…

  • L’appel du ukulélé

    Et tout abord je n’ai pas cru Ce que mon ouïe entendait. Humour et musique apparus dans une joie s’harmonisaient. Et puis le ciel s’est coloré De mille teintes éclatantes Comme si des cordes pincées Y répondaient à mon attente. Une femme aux seins lourds chanta Accompagnée par des fantômes Que fleur à l’oreille hanta.…

  • La révélation

    Je n’ai pas, il est vrai, le cœur à badiner, car tantôt je me vis à une extrémité hypothéquant mon âme, éloignant mon esprit ainsi que le malin fait en sa compagnie. Quand un secret trop lourd pour votre entendement sacrifie la raison sur l’autel de ce temps où le poids de l’offrande annihile l’espoir,…

  • Les runes boivent plus que les hommes

    Le bistrot de la mère Bœuckly tenait debout grâce à trois choses : le cidre, le sel, et une poutre qui refusait d’admettre son état. La pluie tombait de travers. Pas beaucoup. Assez pour compliquer les fenêtres. À l’intérieur, les Aujårds buvaient avec prudence. La guerre était finie depuis plusieurs jours. Ou moins. Personne ne…

  • Notre lumière dernière

    ll n’y aura pas de fantômes Assez grands de poussière Pour ombrer nos pupilles De la lumière première De la lumière dernière Il n’y aura pas d’échos entêtants Assez longtemps gémissant Pour ternir Ta lumière première Ma lumière dernière Il n’y a que le temps, sa faux et sa sombre lanière Pour venir en vain…

  • Pourquoi pas

          Depuis ma plus tendre jeunesse Je cherche à comprendre pourquoi Oui pourquoi veux- je donc sans cesse  Savoir ce qu’on n’explique pas Pourquoi toujours chercher du sens A toute chose et coetera Faudrait-il que je m’en dispense Refusant qu’il n’y en ait pas Pourquoi ne suis je pas capable  D’admettre que les…

  • Revoir le Pakistan

    Revoir le Pakistan ! dernière volonté d’une âme bien trempée qui ne se trompe pas en parlant cet ourdou des routes de la soie recouvrant ma dépouille avant d’être brûlée, car j’aimais le Penjab et son riz basmati dont je me régalais du temps de ma jeunesse avec un maquereau pêché sur la côte est…

  • Ma frivolité

    Au temps déjà ancien de ma frivolité où j’avais gaspillé tant de femmes vertueuses – excepté les enfants reconnus par milliers – j’avançais dans la vie comme une eau sabloneuse. Le ribaud que j’étais en sa ribauderie bousculait de l’amour la pratique du tendre laissant derrière lui vile plaisanterie que je renie tantôt avant que…

  • Stilla

    En le vieux burg abandonné, Franz de Telek S’aventure à la nuit pour chercher sa Stilla; Là où l’on trouve des orfraies, que le sale bec; Mais ce qu’il digne, ce sont les ailes de sa Stilla. Il veut la prendre encore une fois contre son cœur, Et d’un coup, d’un seul, évacuer, l’esprit moqueur…

  • Le refus qui tient

    Au début, ce ne fut pas un refus. Ce fut moins. Un pas qui ne prit pas. Pas raté. Pas empêché. Pris ailleurs. L’Aujård avança. Ou plutôt : quelque chose avança en lui, et le sol ne suivit pas. Il posa le pied. Le terrain le rendit. Un peu à côté. Pas assez pour tomber.…

  • Madrigal pour Miss Petrie

    Et si je vous disais combien je suis pétri de bonnes intentions envers vous, Miss Petrie ? Peu s’en fallut d’ailleurs que vos yeux en amande se fixent, avouez-le, sur mes yeux à l’amende et invitent nos cœurs à sceller leur ardeur dans l’entrelardement dont je suis le hardeur ?